Le Management des risques : quel alignement entre le conseil et la direction ?

Comment établir des lignes de responsabilité claires ?

Le dysfonctionnement entre le conseil d’administration et la direction de l’entreprise est évident dans tous les secteurs d’activité.

Son impact se fait sentir à plusieurs niveaux dans l’entreprise, quand très peu d’attention est accordée à la gestion des risques.

Bien sûr, personne ne veut ignorer un risque potentiellement catastrophique, mais chaque partie suppose – et espère – que l’autre a déjà tout en main pour agir. Les conseils ne veulent pas être accusés d’économie de bout de chandelle, et les cadres supérieurs ne veulent pas outrepasser la limite fixée (souvent indéfinie et sujette au changement).

De plus, le risque n’est pas la plus haute priorité, n’est-ce pas ? Tout est une question d’argent, d’argent, d’argent.

Le résultat net est énorme quand on se trouve maintenant dans des trous béants où personne ne prend sa responsabilité. Ce qui fait que les événements désastreux sont évités par pure chance – mais seulement jusqu’à ce que « Mademoiselle chanceuse » quitte le bâtiment.

S’agissant de la conformité et de la gestion des risques en particulier, une meilleure clarification des rôles est clairement nécessaire.

Différentes perspectives ; différentes responsabilités

Faisons une analogie sportive pour mieux comprendre la dynamique de gestion du conseil d’administration.

Imaginez que vous allez assister à un match de football. Le conseil est assis dans les gradins et regarde le match, tandis que l’équipe de direction est sur le terrain pour jouer.

De son point de vue dans les tribunes, le tableau qui se présente vous permet de voir tout le match en plusieurs plans. De la même façon, les membres du conseil peuvent voir les joueurs se déplacer dans différentes positions et voir tout ce qui passe. Sachez bien que ce sont eux qui ont investi leurs argents et quand les matchs décisifs tournent, ils le sentent jusqu’au fond de leurs tripes. Ils peuvent également voir le temps qui s’approche et ressentir l’atmosphère générale de la foule. Les membres du conseil ont beaucoup de temps pour regarder autour d’eux et observer toute la scène (en supposant bien sûr qu’ils se donnent la peine de s’intéresser). Au bout du compte, l’avis du conseil est macro.

Les cadres supérieurs peuvent également en voir beaucoup, mais ce qu’ils voient est très différent. À tout moment, la plupart des joueurs ne peuvent pas voir tous les autres joueurs sur le terrain. Ils ont une vue magnifique sur les joueurs les plus proches d’eux et peut-être sur certains des spectateurs les plus proches de la ligne de touche. Ils peuvent clairement voir le gazon sous leurs pieds, mais leurs yeux sont principalement concentrés sur le ballon. Ils doivent gérer rapidement ce qui est devant eux à tout moment. Les décisions doivent être prises rapidement. En d’autres termes, leur point de vue est principalement micro.

Les deux groupes peuvent voir beaucoup de choses, mais le fait n’est qu’aucun d’entre eux n’a une vision globale : le conseil ne peut pas entendre ce que les joueurs ou l’arbitre disent, et l’équipe de gestion n’a pas le point de vue idéal pour remarquer qu’il y a une tempête qui s’approche.

Les conseils d’administration doivent comprendre qu’ils ont une vision beaucoup plus large de la société et de son environnement que les membres de l’équipe de direction.

D’autre part, les cadres supérieurs doivent comprendre qu’ils disposent des informations de premières mains que le conseil d’administration ne pourrait pas savoir.

Définir clairement les lignes de responsabilité entre le conseil d’administration et la direction est essentiel en matière de gestion des risques. Et ne pas faire de la gestion des risques une priorité absolue peut avoir les conséquences les plus terribles : ruine financière, dégradation de l’environnement, blessures graves, voire la mort.

Au-delà de l’histoire des incendies industrielles tels que la catastrophe de Nixon Nitration Works, au Etats unis, 1961 (17 décembre) : incendie du chapiteau d’un cirque à Niterói (Brésil) : 323 morts, incendie du grand magasin Taiyo a Kumamoto, Kyushu, Japon, 104 morts, 2000 (25 décembre) : grand incendie dans la province du Henan, qui a pris le soir de Noël dans un centre commercial et causé la mort de 309 personnes.

La tragédie de la mine de charbon de Pike River, en Nouvelle-Zélande, a fait couler beaucoup d’encre. Une des raisons pour lesquelles nous devons écrire et parler de telles tragédies qui se produisent un peu partout dans le monde est de veiller à ce que les leçons soient apprises.

Dans cette tragédie particulière, il ne fait aucun doute que le conseil, en particulier, n’a pas géré le risque.

Certaines des conclusions de la Commission royale comprenaient :

Le rapport mensuel sur la santé et la sécurité, bien qu’utile, ne couvrait pas les dangers liés à un événement catastrophique telle qu’une explosion.

Le conseil n’a pas pris connaissance d’une enquête importante sur les risques d’assurance mettant en évidence de graves préoccupations au sujet des dangers critiques.

Le conseil n’a pas évalué les problèmes critiques de conception, de santé et de sécurité.

Le directeur de la mine a déclaré aux administrateurs que la gestion du gaz était « davantage une nuisance et une considération opérationnelle quotidienne qu’un problème important ou un obstacle à l’exploitation ». Le jury n’était pas bien placé pour savoir si cela était correct ou non.

Le conseil n’a pas demandé conseils à la direction, mais a plutôt supposé que les dirigeants attireraient l’attention du conseil sur les problèmes opérationnels majeurs.

Le conseil n’a pas vérifié que des systèmes efficaces étaient mis en place et que la gestion des risques était efficace.

Le conseil n’a pas assuré un leadership efficace en matière de santé et de sécurité et n’a pas protégé le personnel contre tout préjudice. Le conseil d’administration était distrait par les pressions financières et de production auxquelles la société confrontait.

Réaliser un meilleur alignement

Bien sûr, nous ne travaillons pas tous dans des secteurs dits à haut risque comme le secteur minier, l’électricité ou la construction mais cela ne signifie pas que nous pouvons continuer à permettre un désalignement et un dysfonctionnement entre le conseil d’administration et la direction. Il est sûr que toutes les organisations ont des risques qui doivent être gérés.

Voici quelques étapes pratiques pour obtenir un meilleur alignement entre le conseil d’administration et la direction :

Les membres du conseil doivent comprendre que leur rôle des obligations légales et morales. Les actions et les inactions d’un conseil peuvent affecter des individus, des familles, des actionnaires et la communauté en générale dans laquelle ils opèrent. Rappelez-vous bien que votre entreprise n’opère pas dans une bulle. La direction générale doit informer le conseil de tous les dangers importants auxquels fait face l’entreprise.

Le conseil doit poser à la haute direction des questions difficiles concernant la sécurité et les risques liés à l’entreprise et à la vie des gens qui y travaillent. Il doit y avoir spécifiquement un responsable de rapports QHSE directement au conseil chaque mois. Vous devez obtenir ces informations directement à la source et ne pas les perdre dans le brassage des informations présentées par le reste de votre équipe de direction.

Les membres du conseil d’administration ont besoin de savoir et de comprendre les opérations menées par l’entreprise – et les risques associés à ces opérations. C’est uniquement à ce niveau de connaissances que vous pourrez poser les bonnes questions à votre équipe de direction. Même si le danger ne frappe pas encore à votre porte, ne considérez pas l’ignorance comme une bénédiction. Le conseil d’administration doit accorder à la gestion des risques l’attention… et suffisamment d’attention qu’elle mérite.

Faites de la gestion des risques une priorité et donnez à votre équipe les ressources et les processus dont elle a besoin.

En guise de conclusion

Bien que les rôles du conseil d’administration et de la direction soient assez différents, les deux groupes veulent la même chose : un jeu gagnant et sécuritaire. Un jeu où il y a beaucoup de bons mouvements et où tout le monde rentre chez lui à la fin de chaque journée de travail, sain et sauf.

Un jeu qui réunit la macro et le micro. Lorsque cela se produit de cette façon, tout le monde sera prêt et en mesure d’apprécier à nouveau le jeu la semaine suivante. Nous sommes du même côté, alors commençons par agir de la sorte.

Marc Saint-Ange

Ouvrages à consulter 

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s